Le Cap

La thérapie brève

Historique

Durant les années ‘60 aux Etats-Unis, le courant psychanalytique est en plein essor. Même si à ses débuts, la psychanalyse désignait une forme de traitement relativement brève (une analyse de 6 mois n’était pas inhabituelle chez Freud et ses contemporains), elle est devenue plus élaborée et s’est rapidement transformée en projet à long terme qui se mesure généralement en nombre d’années. Elle repose principalement sur le postulat suivant : quel que soit le motif de la plainte du patient au moment où il consulte, celle-ci n’est que la manifestation superficielle d’une situation complexe qui s’est développée au fil du temps dans le psychisme du patient ; de plus cet état échappe à sa conscience : il sommeille dans les profondeurs de son inconscient. Par conséquent , envisager un soulagement permanent de la détresse du patient sans réorganiser cet état de conscience est considéré comme une preuve de naïveté, voire de charlatanisme.

Lorsque Don Jakson, Richard Fisch, Paul Watzalawick et John Weakland lancent le groupe de Palo Alto en Californie en 1966, ils se heurtent aux convenances en axant la thérapie sur la plainte du patient et non sur la recherche profonde de son désarroi. Ils s’appuient sur les travaux de Gregory Bateson qui s’est intéressé aux problèmes psychiatriques sous l’angle de la communication ( il a été le premier à étudier d’un point de vue systémique la communication entre les patients hospitalisés avec un diagnostic de schizophrénie, et leurs familles) et de Milton Erikson, psychiatre originaire de l’Arizona qui travaillait déjà selon une approche qui récusait la notion de psychopathologie individuelle. Ce dernier humanisa les troubles de ses patients ; en effet, selon lui, ces troubles étaient un moyen de lutter contre les agressions quotidiennes, combats qui auraient échoués et se seraient retournés contre eux . Très inventif, il obtenait des résultats spectaculaires et a profondément transformé la pratique de la thérapie et de l’hypnose.

En 1967, le Centre de Thérapie brève est créé avec pour objectif l’expérimentation d’une nouvelle approche, directement centrée sur le problème pour lequel l’individu vient consulter, ceci afin d’obtenir des changements aussi rapides que possible. Elle aborde les problèmes humains d’un point de vue systémique et constructiviste : les individus, les couples ou les familles sont pris en compte dans leur environnement et dans leurs relations les uns avec les autres tout en respectant leur vision du monde.

A l’heure actuelle, la thérapie brève est considérée comme une réussite légitime.

Et aujourd’hui

Depuis le début des années 1990, l’Institut Gregory Bateson (IGB)de Liège, représentant officiel du Mental Research Institute de Palo Alto pour l’Europe francophone a grandement contribué à la diffusion de la Thérapie Brève.

Citons quelques noms :

Jean-Jacques WITTEZAELE est fondateur de l’IGB ; docteur en psychologie, spécialiste des travaux de Gregory Bateson, élève de Watzlawick, Weakland et Fisch, il est auteur et co-auteur de nombreux livres et articles, notamment « A la recherche de Palo Alto » et « L’homme relationnel ». Chargé de cours à l’université de Paris X, Nanterre, ainsi qu’à l’école de thérapie stratégique d’Arezzo en Italie, il forme des professionnels et pratique la thérapie brève depuis plus de 20 ans.

Giorgio NARDONE est fondateur avec Paul Watzlawick et directeur du « Centre de thérapie stratégique » à Arezzo. Il est également professeur à Arezzo et à Sienne. Il a écrit de nombreux articles et livres dont les plus connus sont « Peur, panique, phobies » « L’art du changement », « Psychosolutions » et « Manger, beaucoup, à la folie, pas du tout ».

Quelques caractéristiques

« La vie est une suite ininterrompue de difficultés ; un problème est la même difficulté qui revient encore et encore. » R.Fisch
Autrement dit, chaque jour, nous résolvons de nombreuses difficultés, faits ordinaires de la vie que personne ne peut éviter ; mais parfois , nous n’arrivons pas à résoudre ces difficultés, nous avons déjà essayé plusieurs solutions qui ne fonctionnent pas ; le problème grandit, se répète et entraîne une souffrance. Il est important d’identifier clairement le comportement qui pose problème, en quoi il consiste, en quoi il est un problème et pour qui, ainsi que la manière dont ce comportement a lieu et persiste.
Il s’agit d’une approche psychothérapeutique pragmatique, non pathologisante et non normative.
Pas de plainte, pas de problème
Le problème représente avant tout un comportement considéré comme indésirable par la personne qui s’en plaint, plutôt que les manifestations d’une pathologie. On s’éloigne des concepts de normalité et d’anormalité. Dans un premier temps, le thérapeute va rechercher la personne la plus motivée pour un changement, celle qui est prête à agir pour résoudre le problème. Il s’agit le plus souvent de celui qui porte le symptôme, mais il peut aussi s’agir d’un membre de l’entourage (par exemple des parents qui ont des difficultés avec un adolescent).
Il n’y a pas d’étiquetage du patient selon son symptôme !!! MODIF OK?? DEMANDE
En effet, un même symptôme peut avoir des significations différentes selon la culture, les habitudes familiales et sociales… Le modèle incite le thérapeute à penser en termes de description, tant du problème que des tentatives de solution mises en œuvre. Les étiquettes diagnostiques peuvent imposer une prédiction d’invariabilité et une perspective pessimiste, tant au patient qu’au thérapeute.
Tout problème comporte une interaction
Un comportement est continuellement façonné et maintenu (ou modifié) par des renforcements qui se développent au sein du système d’interaction sociale dans lequel est pris l’individu ; la plupart des problèmes s’inscrivent dans un contexte relationnel (couple, famille, travail,…). Pour cette raison, il est essentiel d’explorer les interactions en jeu ainsi que les caractéristiques des relations. Cela revient à dire que le comportement d’une personne suscite et structure le comportement d’une autre personne et vice versa. Des modèles répétitifs d’interaction apparaîtront ; cette dernière est fondamentalement circulaire. L’intervention consiste à produire un nouveau type de feed back qui neutralise l’interaction existante, si elle est problématique.
La tentative de solution fait partie du problème.
La cause du problème n’est pas significative, par contre la notion suivante est fondamentale : les problèmes persistent en raison des tactiques mises en œuvre par le patient pour essayer de les résoudre, les efforts volontaires et conscients. L’objectif de la thérapie sera que le patient interrompe ce qu’il a mis en œuvre pour tenter de résoudre le problème, qu’il bloque les tentatives de solution, qu’il cesse de « faire plus de la même chose »
Tout changement même minime peut avoir des conséquences bénéfiques sur l’individu et sur toutes les personnes avec lesquelles il est en relation ; une fois qu’un changement est intervenu, de nouveaux changements s’ensuivent par effet d’entraînement. Cet effet « domino » est l’un des facteurs qui contribue à la brièveté du traitement.
Le patient a en lui la force et les ressources pour changer ; la thérapie est une véritable collaboration au cours de laquelle le thérapeute se base sur les capacités du patient qu’il considère comme l’expert de sa vie et de sa thérapie. Elle sollicite une participation active des personnes.

Bibliographie

 
 

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